Le sens du Destin
Bonjour à toutes, bonjour à tous,
J’espère que vous allez bien.
Juste avant le billet, voici le lien d'inscription pour le Dialogue Philo du 8 mars prochain sur "Le Couple" :
Le billet d’aujourd’hui porte sur une idée ancienne, mais qui garde toute sa force de nos jours.
Le Destin est cette force impersonnelle censée s’imposer à tous, de gré ou de force.
C’est pourquoi une certaine sagesse nous invite à y consentir :
« Le destin guide le volontaire et traîne le réticent »
Sénèque (1)
En effet, autant y consentir, puisqu’on ne peut s’y opposer…
Toutefois, cette idée de Fatalité peut nous conduire à nous déresponsabiliser moralement.
A titre d’exemple, Casanova voulait faire de cette maxime de Sénèque sa devise personnelle, ainsi qu’il l’écrit dans un projet de préface à son Histoire de ma Vie :
« Par cette devise (…) je souhaite que le lecteur entende que de gré ou de force je ne peux avoir jamais fait autre chose que ce que Dieu a voulu. Dieu étant présent à tout, toujours agissant et jamais indifférent, est-il possible à l’homme de faire quelque chose de contraire à sa divine volonté ? »
Casanova (2)
Ainsi, tout ce que fit Casanova était, indirectement, l’œuvre du Destin ou de cette force toute-puissance qui dirige l’univers : Dieu.
Non seulement l’idée du Destin peut nous conduire à nous déresponsabiliser, mais elle invite aussi à ne rien faire.
C’est le thème de l’« argument paresseux », bien formulé par Cicéron :
« Si votre destinée est de guérir de cette maladie, appelez un médecin ou n’en appelez pas, vous guérirez. Par la même raison, si votre destinée est de ne point guérir de cette maladie, appelez un médecin ou n’en appelez pas, vous ne guérirez point. (…) II est donc inutile d'appeler un médecin. »
Cicéron (3)
La Fatalité apparaît donc comme une « tête de Méduse », selon l’expression du philosophe Alain.
Elle nous pétrifie et nous tétanise, en nous donnant à penser que nous sommes impuissants face à la force des choses et des situations acquises.
Pourtant, même si l’on ne choisit pas beaucoup de choses dans notre vie, on peut prendre son parti des situations données… et cela relève du choix :
« Nul ne choisit ; tous sont en marche, et tous les chemins sont bons. L’art de vivre consiste d’abord, il me semble, à ne se point quereller soi-même sur le parti qu’on a pris ni sur le métier qu’on fait »
Alain (4)
Pourtant…
Malgré tous ces arguments contraires, le Destin reste une idée ou une intuition très forte.
On voit, parfois, des « signes » du Destin.
Face à certains événements, il y a l’intime conviction que cela « devait arriver ».
Qui n’a pas éprouvé, une fois, le sentiment de quelque chose d’inéluctable ?
Ainsi, l’idée du Destin garde toute sa force, même à notre époque.
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Cordialement
Philippe BOULIER
Notes :
(1) Sénèque, Lettres à Lucilius, lettre 107.
(2) Casanova, Histoire de ma Vie, « Préface de 1791. Histoire de mon existence », « Glose à ma devise », éd. G. Lahouati et M.-F. Luna, La Pléiade, 2013, p. 1111.
(3) Cicéron, Du destin, XII
(4) Alain, Propos sur le bonheur, 1925 (édition de1928), chap. XXII « La Fatalité », Propos du 12 décembre 1922.
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