LE SPORT : UNE ARNAQUE ?

Un homme franchit une barre de saut à la perche

Bonjour à toutes, bonjour à tous, 

 

J’espère que vous allez bien.

Le billet philo d'aujourd'hui est en rapport avec le prochain Dialogue Philo, qui aura lieu aux Cabanes Urbaines (La Rochelle).

Il aura lieu dimanche 22 novembre sur le thème du “Sport” 

Le sport une pratique personnelle, mais aussi une pratique sociale. 

Il suppose une technique, un entraînement et, dans la plupart des cas, des règles du jeu, ainsi qu’un arbitrage.

Il fait l’objet d’un large consensus sur son utilité et ses bénéfices.

Toutefois, le sport n’est pas n’importe quel effort physique et, si l’on s’accorde en général sur l’intérêt de la dépense physique, tout le monde ne valide pas la pratique sportive.

Certains personnages célèbres se sont plus à rejeter, de façon ostentatoire, la notion même d’effort physique. Winston Churchill déclarait sans ambages :

« Mon principe est simple : ne courez pas, si vous pouvez rester immobiles ; ne restez pas debout, si vous pouvez vous asseoir ; ne restez pas assis, si vous pouvez vous coucher. » (1)

Une certaine de l’effort, en somme…


Parmi les « valeurs » revendiquées du sport, il y a bien sûr celles des sports collectifs : camaraderie, entraide, sens de la relation, de l’interdépendance, esprit d’équipe, partage d’un sort commun dans les victoires et dans les défaites.

Albert Camus décrivait ainsi la valeur éducative du sport :

« Pour moi je n’ai connu que le sport d’équipe au temps de ma jeunesse, cette sensation puissante d’espoir et de solidarité qui accompagnent les longues journées d’entraînement jusqu’au jour du match victorieux ou perdu. Vraiment, le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités. » (2)


Camus nous parle ici du sport d’équipe et, plus particulièrement du football, qu’on décrit parfois comme « le plus individuel des sports collectifs ». En effet, chacun son poste, ses enjeux de sélection et de recrutement, chacun sa carrière…

Néanmoins, les sports individuels ont aussi leurs « vertus » : endurance, courage, ténacité, persévérance et accomplissement.

Certains auteurs sont même allés jusqu’à décrire les rituels du sport contemporain comme la dernière forme de sacré dans la civilisation européenne. Il en était ainsi de Pasolini :

« Le football est la dernière représentation sacrée qui existe à notre époque. » (3)

Toutefois, tous ses éloges ne peuvent masquer l’ampleur des critiques adressées à la pratique sportive et à « l’idéologie du sport ».

L’un de ses contempteurs les plus célèbres est Jean-Marie Brohm. 

Il souligne la violence exercée sur soi et sur les autres, les travers de l’esprit de compétition, l’obsession du classement, de la mesure, de la hiérarchie, du corps athlétique et normé, de la performance, la névrose de la victoire, la nécessité du dopage dans le haut niveau, la rivalité exacerbée et une idéologie productiviste à tendance fascisante.

Vaste anathème lancé contre le sport...

En tout cas, le sport est le terrain d’une lutte sociale, d’une lutte des classes, où se joue la vérité de ce qui est « légitime » ou « illégitime », comme l’analyse Pierre Bourdieu :

« la définition du corps légitime et de l'usage légitime du corps, luttes qui outre les entraîneurs, dirigeants, professeurs de gymnastique et autres marchands de biens et de services sportifs, opposent les moralistes et en particulier le clergé, les médecins et en particulier les hygiénistes, les éducateurs au sens le plus large - conseillers conjugaux diététiciens etc.-, les arbitres de l’élégance et du goût – couturiers etc. » (4)


Alors, que vous soyez sportives/sportifs ou non, bons/nes ou mauvais/es en sport, « fans » de sports ou réticents/es à toute discipline sportive imposée, athlètes de canapé ou de stade,

je vous donne rendez-vous dimanche 22 novembre pour ce Dialogue Philo.

Merci de votre attention

Cordialement

Philippe BOULIER

Et si vous appréciez mon travail, n'hésitez pas à laisser un commentaire :

Notes :

(1) La formule veritable de Churchill est la suivante : « Never stand up when you can sit down, and never sit down when you can lie down »

(2) Albert Camus, « Pourquoi je fais du théâtre ? », intervention à la télévision du 12 mai 1959, texte repris dans le volume de la Pléiade Théâtre, récits, nouvelles (Gallimard)

(3) Pasolini, « Il calcio è l’ultima rappresentazione sacra del nostro tempo. È rito nel fondo, anche se è evasione. », in L’Europeo, 30 décembre 1970, intervista a Guido Gerosa.

(4) Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Les éditions de Minuit, p. 181.

Image de couverture :

https://pixabay.com/fr/photos/athl%C3%A9tisme-saut-%C3%A0-la-perche-651198/

Image par andreas N de Pixabay

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